Conjoncture du bâtiment au 2e trimestre 2026 : activité en recul, trésorerie sous tension
Au deuxième trimestre 2026, l'activité de l'artisanat du bâtiment recule de 1,5 % sur un an selon la note de conjoncture de la CAPEB publiée le 9 septembre. La Nouvelle-Aquitaine limite la casse à -0,5 %, mais partout la trésorerie se dégrade : 35 % des entreprises la voient se détériorer, principalement à cause des retards de paiement.
Par Theo Denis, 2vanture. Publié le , 6 min de lecture. Concerne les entreprises du bâtiment.
Que disent les chiffres de la CAPEB pour le 2e trimestre 2026 ?
La note de conjoncture nationale de la CAPEB confirme ce que beaucoup d'artisans constatent sur le terrain : l'activité ne repart pas. Sur un an, le volume de travaux des entreprises artisanales du bâtiment baisse de 1,5 %, exactement comme au premier trimestre. La CAPEB estime que 2026 sera probablement la quatrième année consécutive de recul.
Le détail par marché montre un léger mieux dans le neuf, qui passe de -2,5 % à -1,5 %, porté par la reprise des permis et des mises en chantier. L'entretien-rénovation, qui fait vivre la grande majorité des TPE, se dégrade au contraire, de -1 % à -1,5 %. La rénovation énergétique, elle, cesse de baisser après six trimestres de repli, sans pour autant repartir à la hausse.
| Indicateur (T2 2026, sur un an) | Valeur |
|---|---|
| Activité globale artisanat du bâtiment | -1,5 % |
| Construction neuve | -1,5 % (après -2,5 %) |
| Entretien-rénovation | -1,5 % (après -1 %) |
| Nouvelle-Aquitaine | -0,5 % |
| Carnets de commandes (moyenne nationale) | 80 jours de travail |
| Entreprises jusqu'à 10 salariés | 77 jours de carnet |
| Entreprises constatant une trésorerie dégradée | 35 % |
Quels métiers résistent le mieux ?
Aucun corps d'état n'est en croissance. La maçonnerie et la couverture-plomberie-chauffage s'en sortent le moins mal avec un recul d'environ 1 %. L'électricité suit à -1,5 %. La menuiserie-serrurerie et l'aménagement-finitions (plâtrerie, peinture, décoration) ferment la marche à -2 %, ce dernier métier ayant encore perdu du terrain par rapport au trimestre précédent.
Côté prix, l'indice des prix de l'entretien-amélioration progresse de 1,9 % au premier trimestre 2026, alors que l'index de coûts BT50 grimpe de 2,7 %. Autrement dit, les devis augmentent moins vite que ce que coûtent les chantiers. La note relève des envolées sur certains métaux sur un an à mai 2026 : +47 % pour l'aluminium, +39 % pour le cuivre, +28 % pour le zinc. Un menuisier alu, un plombier ou un couvreur zingueur l'ont vu sur leurs factures fournisseurs. S'y ajoute la hausse des carburants signalée par la CAPEB.
Où en est la Nouvelle-Aquitaine ?
Avec -0,5 %, la région fait mieux que la moyenne nationale et se place dans la première moitié du classement, derrière les Pays de la Loire (+1,5 %), la Bretagne et le Centre-Val de Loire (+0,5 %) et la Normandie (stable). L'Île-de-France (-3,5 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (-4 %) décrochent nettement.
Ce chiffre ne doit pas rassurer trop vite. Le solde d'opinion sur les carnets de commandes en Nouvelle-Aquitaine s'établit à -12 points, l'un des plus bas parmi les régions. Les artisans néo-aquitains travaillent encore, mais ils voient moins de chantiers arriver. La Fédération française du bâtiment fait le même constat pour l'entretien-amélioration : dans sa note d'octobre 2026, elle classe la Nouvelle-Aquitaine parmi les régions les plus touchées, avec -3,8 % au deuxième trimestre sur un an (sa mesure couvre toutes tailles d'entreprises, d'où l'écart avec la CAPEB).
La Banque de France, dans son enquête régionale de juin, décrit un rebond de l'activité du bâtiment essentiellement mécanique, lié au rattrapage des jours chômés de mai, avec des carnets qui ne se regarnissent pas. Elle note aussi que la canicule a désorganisé les chantiers et que, dans les travaux publics, la concurrence pousse les prix des devis vers le bas. En Gironde, l'été a en outre été marqué par les incendies, et la CAPEB Gironde a invité les entreprises touchées à se rapprocher de ses équipes.
Seul vrai signal positif dans le neuf : sur douze mois à fin mai 2026, la région compte 40 600 logements autorisés et 30 700 mis en chantier. Au niveau national, la FFB prévient toutefois que les permis reculent de nouveau depuis le printemps et anticipe une rechute du logement neuf en 2027.
Pourquoi la trésorerie se dégrade-t-elle autant ?
C'est le point le plus alarmant de la note. Le solde d'opinion sur la trésorerie tombe à -32 points, contre -18 au premier trimestre et une moyenne de long terme autour de -12. Seulement 3 % des entreprises voient une amélioration, contre 35 % une dégradation.
Les causes citées sont claires : l'allongement des délais de paiement des clients pour 58 % des entreprises concernées, les impayés pour 28 %. Un quart des artisans (26 %) déclare un besoin de financement, contre 20 % un an plus tôt, pour un montant moyen de 22 000 euros. Les marges suivent la même pente : 22 % des entreprises les voient baisser, 3 % seulement augmenter.
L'emploi trinque. Sur un an, les entreprises du BTP de moins de 20 salariés ont perdu près de 17 800 emplois salariés, dont environ 12 000 dans les entreprises artisanales de moins de 10 salariés. La CAPEB chiffre à 40 000 les postes perdus en trois ans.
Que faire dès maintenant dans une TPE du bâtiment ?
Prenons le cas d'un plaquiste installé à Mérignac avec trois salariés : 70 jours de carnet, deux clients professionnels qui paient à 75 jours au lieu de 45, une facture de 9 000 euros impayée depuis l'été. Sur le papier, l'entreprise tourne. En réalité, elle finance ses clients. Voici les réflexes à prendre.
- Construire un plan de trésorerie à 13 semaines, mis à jour chaque vendredi, avec les encaissements réellement attendus et non ceux espérés. Votre expert-comptable peut vous en fournir une trame.
- Exiger un acompte à la commande sur chaque devis particulier, et des situations de travaux mensuelles sur les chantiers longs.
- Relancer vite : rappel à J+1 de l'échéance, mise en demeure à J+15. Entre professionnels, les pénalités de retard (taux BCE majoré de 10 points) et l'indemnité forfaitaire de 40 euros par facture sont dues de plein droit, à condition de figurer sur vos factures ou conditions générales.
- Réviser vos prix en intégrant la hausse des métaux et des carburants, ou prévoir une clause d'actualisation sur les devis à validité longue.
- Surveiller le carnet chaque mois en jours de travail. Sous 30 jours, il faut relancer la prospection (devis en attente, anciens clients, syndics, bailleurs) avant que le trou ne se creuse.
- Anticiper les dettes fiscales et sociales plutôt que de les laisser s'accumuler : la CCSF, saisie auprès de la DDFiP, peut accorder un étalement si vous êtes à jour de vos déclarations et de la part salariale des cotisations.
Vers qui se tourner en Gironde ?
La CAPEB Gironde (05 56 11 70 70) et la FFB Gironde accompagnent leurs adhérents sur la trésorerie et les litiges. La Banque de France met à disposition un correspondant TPE-PME gratuit, joignable au 34 14 ou par courriel à l'adresse TPME33 de la Banque de France pour une entreprise girondine ; il oriente vers la Médiation du crédit en cas de blocage avec la banque. Pour un client professionnel qui ne paie pas, le Médiateur des entreprises intervient gratuitement et de façon confidentielle, avec un premier contact sous sept jours. Enfin, le président du tribunal de commerce de Bordeaux peut recevoir un dirigeant en entretien confidentiel de prévention, sur rendez-vous pris auprès du greffe ou via Infogreffe.
La CAPEB annonce par ailleurs porter ses demandes dans le débat sur le budget 2027 : TVA réduite sur l'ensemble des travaux de rénovation, simplification des aides et soutien à l'investissement. Rien n'est acquis à ce stade.
Questions fréquentes
Quelle est l'évolution de l'activité du bâtiment en Nouvelle-Aquitaine au 2e trimestre 2026 ?
Selon la CAPEB, l'activité des entreprises artisanales du bâtiment recule de 0,5 % sur un an en Nouvelle-Aquitaine, contre 1,5 % au niveau national. Le solde d'opinion sur les carnets de commandes y reste toutefois très négatif, à -12 points.
Combien de jours de travail représentent les carnets de commandes des artisans ?
En moyenne nationale, les carnets atteignent 80 jours de travail au deuxième trimestre 2026, un niveau qui ne progresse plus. Pour les entreprises jusqu'à 10 salariés, il est de 77 jours, contre 78 au trimestre précédent.
Pourquoi la trésorerie des artisans se dégrade-t-elle ?
Les entreprises concernées citent d'abord l'allongement des délais de paiement de leurs clients (58 %), puis les impayés (28 %). La hausse du coût des matériaux et des carburants, plus rapide que celle des prix facturés, réduit aussi les marges.
Qui contacter gratuitement en cas de tension de trésorerie ?
Le correspondant TPE-PME de la Banque de France (34 14), le Médiateur des entreprises pour un client professionnel mauvais payeur, la CCSF pour étaler des dettes fiscales et sociales, ainsi que votre organisation professionnelle (CAPEB ou FFB) et votre expert-comptable.
- CAPEB, communiqué sur la conjoncture du 2e trimestre 2026, septembre 2026
- CAPEB, note de conjoncture nationale 2e trimestre 2026, septembre 2026
- FFB, conjoncture du bâtiment, octobre 2026
- Banque de France, tendances régionales Nouvelle-Aquitaine, juin 2026
- CAPEB Gironde, communiqué sur les incendies en Gironde, juillet 2026
- Banque de France, correspondants TPE-PME, 2026
- Ministère de l'Économie, saisir le Médiateur des entreprises, 2026
- Bpifrance Création, les principaux délais de paiement, 2026
- impots.gouv.fr, accompagnement des entreprises en difficulté (CCSF, Codefi), 2026
Informations vérifiées le 20 octobre 2026. Les textes officiels font foi.
Prix du marché, attentes des clients, leviers pour avoir plus d'appels : retrouvez notre guide complet pour les entreprises du bâtiment.